Emilia Aru, l’éditrice de la précieuse maison d’édition franco-italienne Portaparole m’a proposé de participer à la présentation du conte de Richard Laborier Lorem Ipsum. Ce n’est pas la première fois que j’assure une lecture d’extraits pour cette maison, qui édite des textes exigeants et poétiques, et c’est toujours un plaisir de lire dans ces conditions. Cette fois-ci, la lecture-rencontre a eu lieu au salon Colette de l’incroyable Hôtel de Massa. Situé à deux pas de l’Observatoire de Paris, c’est dans ce bâtiment que se trouvent les locaux de la Société des Gens de Lettres, qui accueillait l’événement.

Invitation à la lecture de Lorem Ipsum

Un conte de sérénité

Après une brève présentation par l’auteur, j’ai donc lu trois extraits du conte. Si j’avais accepté cette lecture avec enthousiasme, celui-ci était retombé après ma découverte du conte : il me semblait si personnel et intime qu’il me paraissait dangereux d’y apporter ma voix. C’est dans le calme de son canapé, idéalement avec un feu de cheminée, que cet ouvrage me semblait destiné à être lu. À voix haute ? devant d’autres gens ? Vraiment ?

Hotel de Massa

L'attention dans le calme

Mes scrupules ont été vite levés par l’écoute bienveillante et sympathique qui régnait, et par la bise du soir qui faisait frémir les arbres du jardin. L’exercice de la lecture à haute voix, si particulier et délicat, me semblait particulièrement ardu avec une telle écriture. En effet, le conte nous fait suivre un personnage en retrait, qui a comme renoncé à sa faculté de surprise. Tout arrive à Gustave. Y compris des rencontres qui nous paraîtraient bien surprenantes. Mais Gustave (puisqu’il est ainsi prénommé… par un autre personnage !) les aborde avec un détachement admirable. Et comme le conte est bien écrit, ce détachement se ressent dans le style-même.

Mais comment le transmettre à l’oral, alors que ce média nous impose de « capter » l’auditoire ? Ici, pas de grande surprise, pas de suspens, pas d’inattendu. Autant dire que c’était une gageure ! Encore une fois, absorbé par le « comment », je ne me posais pas les bonnes questions. C’est toujours le « pourquoi » qui porte en soi ses réponses. Pourquoi lire ce conte à haute voix ? Pour partager cette impression de calme et de sérénité qui m’avait conquis quand je l’avais découvert. Mon travail de lecteur ? Entourer les auditeurs de calme, voir sur leurs visages les sourires béats de ceux qui méditent, trouver la beauté et la surprise dans le plus insignifiant détail.


Pour moi qui ai l’habitude de prôner un rythme de lecture soutenu, ponctué de nombreuses ruptures afin de garder l’auditoire attentif, c’était une vraie révolution. Qui a porté ses fruits — enfin, en partie. Je pense que la chemise à fleurs de l’auteur, à mes côtés, absorbait aussi pas mal l’attention !

L'auteur a ensuite partagé quelques souvenirs du Paris de l’enfance de l’auteur (il était question de Sydney Bechet, de bonnes sœurs et de yiddish). Enfin, un verre de l'amitié concluait ce début de soirée.
Si vous souhaitez commander Lorem Ipsum, de Richard Laborier, je vous invite à le faire auprès d’une librairie indépendante. Vous en trouverez une liste ici.

Tapisserie de la Société des Gens de Lettres